Partir ou ne pas partir

Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Idurar » 15 Avr 2008, 13:46

Depuis quelques temps ,un désir sournois continue de me travailler intérieurement, le desir de m'en aller ,comme l'avait fait tant de gens que je connais. J’avais écrit à un ami installé depuis longtemps au Canada ,je lui faisais part de mon intention de partir et d’aller tenter une autre vie qui serait plus intéressante au Canada .je lui demandais si cela valait la peine .Sa bouleversante réponse a un peu refroidis l’ardent désir que j’avais de partir loin d’ici.
« Depuis si longtemps que je vis seul et coupé des miens ,je commence à en avoir assez des ciels couverts et des chemins pleins de neige , je n’ai jamais autant pensé à la lumière et à la chaleur de mon pays , je revois sans cesse le quartier de mon enfance , les endroits ou j’avais gardé les chèvres, le sentier qui menait à la rivière ou je me baignais , je suis assailli par tous ces souvenirs de mon enfance ,..ici mon ami ,c’est vraiment l’exil »
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Idurar
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Azul-Azul » 15 Avr 2008, 16:35

Partir ou ne pas partir, telle est la question. Malheureusement, Idurar, il n'existe pas de réponse, il y a des réponses, autant qu'il n' y a de "partants". Je te promets de te donner la mienne dès ma prochaine connection. Déconnection... @ bientôt!
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Gwas » 15 Avr 2008, 21:43

« Si Caïn et Abel vivaient aujourd’hui, Caïn n”aurait pas tué Abel, il l’aurait jeté en immigration… parce que l’exil est pire que la mort ». C’est de Mohammed Dib. Je crois que sa déduction vaut son pesant. C’est, je crois, ce que dit un personnage romanesque de sa trilogie nordique. S’exiler c’est mourir tout en étant vivant. C’est pour ça qu’il a considéré la mort moins pire que l’exil. C’est pour te dire cher ami que la parole de ton ami vaut pareillement son pesant. Toutefois je crois que c’est juste une partie de la vérité… mais- hélas- pas toute. Oh qu’est ce qu’il a raison lorsque il t’a dit que le soleil de chez nous est unique, que nos collines sont les plus orgueilleuses, que notre mer clapote de manière inédite, que nos rivières ont le murmure le plus doux, que…Oh que c’est vrai…Et encore pas la peine qu’on nous le dise. Suffit de compter le nombre impressionnant de conquérants qui perpétrèrent viols et crimes en Algérie pour avoir le droit de tiédir au soleil régénérateur. Terre de régénération et de sensualité, disait la littérature coloniale…Je me perd un peu. Je disais que ce n’est pas toute la vérité. Pourquoi? Ne vois-tu pas que seul toi peux répondre à cette question? Ça en vaut la chandelle. L’exploration ne serait-ce que du pays le plus miséreux au monde vaut la peine. La vie, n’est-ce pas, est une histoire que l’on conte pas deux fois! Découvrir une autre ou d’autres cultures, d’autres gens, d’autres espaces sociétaux… Ne vois-tu pas que ce serait trop simpliste de s’arrêter là? D’autant, disait ton ami, que la neige a quelque accoutumance nauséabonde, une lourde et perpétuelle présence… C'est-à-dire une culture qui nous est totalement étrangère. Tout le dévolu pour découvrir un espace qui nous est virginal, inexploré…Va de l’avant cher ami! Va et regrette, dit un gars de chez nous. Mais tu auras au moins vu et su, tu auras été jusqu’au bout de ta curiosité ne serait-ce que touristique, tu auras surtout découvert de grandes gens, de grandes cultures et surtout une société des plus cosmopolites et tolérantes au monde…Ce n’est, cependant, qu’une opinion cher ami qui j’espère contribuera à la construction de ta décision. Qu’en dis-tu? Amicalement.
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Azul-Azul » 16 Avr 2008, 14:48

Azul Gwas, rebienvenu après cette longue pause...
Gwas et Idurar, je ne comprends pas pourquoi vous parlez d'exil! C'est une forme de punition ou l'exilé n'a plus le droit de retourner dans son pays. Nous ne sommes pas des exilés mais des immigrants qui avons choisi de partir.
Idurar, a mon avis, ton ami a trop de temps vide et ne l'exploite pas pour aller découvrir la beauté de l'hiver canadien juste a coté de chez lui: nature, activités et festivités.
@ bientôt!
Azul-Azul
 

Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Gwas » 16 Avr 2008, 16:02

Salut cher ami Ighinder…Je crois que tu as raison quelque part. Je crois avoir entendu un débat de la sorte sur la définition de l’exil. Affaire, dirent les conviés au plateau de la célèbre émission, de choix ou de non choix. C’est ce qui différencie immigration et exil quoi! Et puis, peut-on comparer l’immigration de nos jours à celle d’antan? Le dictionnaire toutefois définit l’exil diversement : « Peine qui condamne quelqu'un à quitter son pays, avec interdiction d'y revenir, soit définitivement, soit pour un certain temps » ou « État de celui qui est contraint de vivre hors de son pays ou loin de sa résidence ordinaire ». Nous avons tous en tête le cas de Slimane Azem ou surtout de grands écrivains russes. Par ailleurs, et plus loin, le meme dictionnaire définit l’exil comme suit : « Tout changement de résidence, volontaire ou non, qui provoque un sentiment ou une impression de dépaysement. » ou bien « Éloignement affectif ou moral; séparation qui fait qu'un être est privé de ce à quoi ou de ce à qui il est attaché ». C’est dire qu’il est des exils tout à fait intérieurs… Et qu’il est en Algérie des exilés vivant chez eux plus exilés que bien des exilés vivant en continents lointains… L’exil est aussi bien physique que moral. Qu’en dis-tu cher ami?
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Azul-Azul » 17 Avr 2008, 06:38

Salut Gwas,
L'exil moral: je vais essayer de lire dans tes pensées... je suppose que tu veux dire qu'on peut s'auto-exiler quand on est par exemple a Aokas mais son esprit vagabonde a Montréal; ça doit être la forme d'exil la plus terrible car on vit dans des chimères qui font rater sa vie réelle. Sans doute beaucoup de nous avions vécu cela avant que le physique ne rejoigne l'esprit plus tard... pour d'autres, comme l'ami d'Idurar, avant que le physique ne rejoigne le moral qui quitte aussitôt vers son berceau, le physique attend le moral a Montréal et ce dernier attend a Aokas et ainsi de suite. Décidément, ce n'est pas facile de marier le moral et le physique, c'est homosexuel et haram. {biggrin}
Idurar, je me demande pourquoi ton ami ne rentre pas pour rejoindre le beau soleil de chez lui? Qu'est-ce qui l'oblige a supporter ce supplice?

PS. je n'ai pas vraiment commencé a dire mon avis, c'est la faute a Gwas, je m'exile dans ses écrits...
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Gwas » 17 Avr 2008, 15:45

Je vais te dire Ighinder l’idée qui m’est venue en lisant ta réponse. Je te vois de ta chevelure ennuagée, un renfrognement énigmatique sur le front, tu sirotes quelque divine eau, l’idée de l’exil te travaille depuis un temps. Faudrait que tu accouches de quelque idée originale. L’auto-exil? Te dis-tu. Être au fond de soi mais habiter ailleurs ou être ici sans réellement y être. Le corps s’est délesté de l’âme ou vice versa; parti tanguer dans de lointaines contrées… Tu aimes toujours dire à la pensée plus que ne dit-elle parfois. Tant mieux. Le canal de la pensée engrosse souvent de simples pensées pour leur faire dire plus que ce qu’elles disent. Oui, tu as raison, avoir le corps ici et la tête, toute la tette, ailleurs est chose terrible. Malheureusement, beaucoup de partants en souffrent…La chanson algérienne et la littérature algérienne de l’exil en sont une illustration parfaite. Il y en a toujours une sorte de regret d’être parti, d’avoir quitté sa famille, ses amis, son pays, d’être ainsi sévèrement sevré du lait de la mère-patrie…Et lorsque on se met à pleurer le paradis perdu on commence a caresser l’idée d’y retourner un jour définitivement sans, bien entendu, affronter l’idée ouvertement. L’on pousse l’échéance toujours à une date lointaine. Le temps passe et l’idée finit par échouer aux oubliettes de l’habitude. L’œuvre romanesque de Nabil Farès, un grand écrivain Algérien, tourne autour du thème de l’arrachement à l’exil. Car, pour lui, on ne rentre pas de l’exil, on s’arrache… Ce que dit l’ami d’Idurar aurait pu être dit par n’importe qui. L’éloignement augmente le prestige, dit le proverbe célèbre. Et cette douleur de l’éloignement qui niche au fond de nous comme une épine qui n’a de cesse de nous empoisonner la vie et de dévaloriser l’espace environnant où nous sommes empêche de voir ou de se voir lucidement. Ça embroussaille le tout parfois. Surtout si l’on déniche une quelque faille dans le système du pays d’accueil…Ce qui nous semble tout au moins en être une.
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Rachid » 17 Avr 2008, 23:12

Salut les gars

Ils partaient en paysans va-nu-pieds,ils nous reviennent 2 ans plus tard dans des chaussures bien cirees.Ils se promenaient en costume d'hiver ,en ete,parmi nos paysans restants aux habits rapieces au point de ne pas distinguer le tissu original.Une incommodite non detectee par notre niveau de vie.A chaque rentree de l'emigre,en momes assoiffes,en accourait vers le cafe bien centre pour boire en une gorgee le sirop a eau qu'on regrettait a la fin de ne pas avoir sirotte,offert par notre cyclique revenant qui nous rappelle l'ete,sous le fameux mot d'ordre "Akfassend acu dhissoune "( Sert a boire a tout le monde).Certains se sont meme imposes en pionniers dans la conquete de l'univers oh! combien inaccessible de l'automobile des annees 70.Garees a l'ombre des oliviers,on les regardait ces voitures comme des secoupes volantes.Pour nous ils etaient trop loin ces emigres, au sens propre comme au sens figure.Loin de nos villages , loin de notre niveau de vie.Pour les rattrapper il fallait tout simplement faire comme eux.Materiel a l'appui,ils avaient cree le reve d'emigrer ,de quitter cette patrie qui n'offrait aucun reve a travers ses ingenieurs qui circulaient a pieds.Ces petits cadres a 4 sous que la grille des salaires democratique et populaire a contraint a mendier un parent la-bas pour une voiture ici.N'en deplaisait a Slimane Azem ou autre Salah Saadaoui,le reve etait bien reel et l'idee d'emigrer avait bourgeonne dans nos jeunes cervelles comme une rose sans epines.Le reve de rejoindre Kaci au pays des merveilles. Ce pays ou l'on envoie nos citoyens les plus demunis et qui nous les retourne deux annees plus tard en citoyens les plus aises.Une sorte de baguette magique ou plutot de mer magique qui transforme votre condition par le seul fait de la traverser.Puisque tous nos emigres avaient emigre de la meme facon ,tout le monde ou presque racontait les choses de la meme facon.A beau mentir qui vient de loin et a quelque chose leur mensonge etait bon. Apres tout c'est par le mensonge que l'Amerique a ete peuplee .Souvenez-vous de Candide au pays de l'Eldorado.La farce d'un la- bas- chez- nous, c'est a peu pres ca, avec Kaci a la place de Candide. Un eldorado ou rien ne se donne mais tout s'arrache a coup de muscles, d'audace et de meninges.

Pour repondre a Idurar,je dirais qu'a l'etranger on savoure mieux la reussite que chez soi,mais l'echec est plus cuissant.La vie a l'etranger offre, cependant, cette option de souffrir a huis-clos,loin des regards.Vis-a-vis du national, la reussite a l'etranger, apparait comme dans une carte postale.En effet dans une carte postale toutes les villes sont belles.Conclusion: La reussite a l'etranger n'est le plus souvent qu'une illusion d'optique.
J'etais très étonné de l'entendre parler autrement de ce peuple kabyle comme d'un peuple très brave et très fascinant et d'un sens de l'hospitalité unique au monde, qui a su relier, au fil des temps, la terre et le sang via les chemins qui montent vers les collines inoubliables.
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Azul-Azul » 18 Avr 2008, 21:47

A Gwas s'ajoute Rachid... Vous nous obligez a penser les gars. Aujourd'hui, on a droit a 20 degrés C. a Montréal, les activités cérébrales sont gelées jusqu'a nouvel ordre!
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Re: Partir ou ne pas partir

Nouveau messagede Idurar » 19 Avr 2008, 10:08

Bonjour
Je pense ,les amis, que tout est relatif ,que l'exil est beaucoup moins douloureux qu'autres fois. Que les moyens de communication sont tellement devellopés qu'il est possible d'entrer en contact et de garder les liens avec les proches restés au pays presque jour apres jour. Et puis des retours plus au moins espaces permettent si besoin etait de refaire à chaque fois " le plein de soleil". Mais ,pour ceux qui souffrent de l'etouffement d'ici ,il n ya vraiment aucun remede. On erre dans les faubourgs du degout avec un sentiment vague que tout est inutile .

Bien à vous.


20° à Montreal ,tu dis a y Ighinder? tekhetta ,ihebiqul , inessawdjeth lekwaghett id ness?
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