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Lounis Aït-Menguellet blowing « Blowin’ In The Wind »

Au fait, d’où vient aux poètes cette manie de chanter le vent ? Bob Dylan avec son « Blowin’ in the Wind », Ait Menguellet qui supplie le vent qui souffle de l’instruire sur sa provenance (a ya vahri i dissodhan), sans oublier beaucoup d’autres parmi lesquels le meteque de Moustaki et ses cheveux aux quatre vents. On dit qu’un papillon qui bat de l’aile provoque un ébranlement qui se propagera éternellement, infiniment, dans toutes les directions de façon à couvrir plusieurs fois la surface de la terre dans les limites que nous lui fixerons de façon arbitraire. Sinon, théoriquement, il ne s’arrêtera jamais. La fonction sinus qui décrit son mouvement lui permet de se répéter à l’infini en cédant, au fur et à mesure de son déplacement, de la vitesse et de l’énergie mais sans jamais s’éteindre complètement. Autrement dit, la loi du sinus impose à l’ébranlement un mouvement eternel. L’air comme milieu où se propagent les ébranlements contient probablement des messages que seuls, parmi le commun des hommes, les poètes les mieux inspirés peuvent capter. Au delà des lois de la physique, la métaphysique s’en occupe. Il doit y avoir une muse au service de Pan et d’Apollon qui distribue, arbitrairement ou par favoritisme divin, aux hommes cette faculté à assimiler la composante lyrique d’un signal. A titre d’exemple, du fond de son Minnesota rural, Bob Dylan né Robert Zimmerman, à chaque fois qu’il gratte les fils de sa guitare, émet un paquet d’ondes porteur de ses émotions et de sa personnalité intrinsèque, qui s’en va affecter d’autres poètes partout dans le monde ouvrant ainsi la boite d’inspiration greffée en eux par la muse. Chez nous, s’il se trouve un récepteur affecté dans ce sillage ondulatoire de la folk music émise à partir de l’âge d’or de la Protest Song américain, ça ne pourrait, à mon avis, être qu’Ait Menguellet. Et Hughes Auffrey avait vu juste, il a bien choisi son " guest". La relation entre un gars d’Ighil Boumas ému par ce chemin effacé du fait que ses passants ne l’empruntent plus (avridh Tsun medden), et le chanteur Bob Dylan, est probablement une relation de vent. Que deviendrait en terme équationnel l’influence de cet insaisisable papillon (elusive butterfly) que Dolly, l’autre rurale du Tennessee, était entrain de chasser vainement avec son filet des merveilles, sur la façon de nos chanteurs de produire leur poésie ? Il reste que mes amis et moi, après de vaines tentatives qui ont duré des années, n’étions jamais parvenus à élucider l’énigme de la feuille de fève en rapport avec cet autre vent qui a soufflé de l’est dans l’album " a yagu". Cette feuille de fève qui, probablement, grâce au vent d’inspiration de Lounis était montée vers le haut, dix l’ont tuée un seul l’a faite revivre, c’est ton tour soit joyeux. (Ifer ivawen yugman dhassawen). Au lieu d’être joyeux, soyons donc et, bon vent.

En attendant la réponse à l’énigme de la feuille de fève… je vous laisse en compagnie de la vidéo insérée dans le texte de la chanson qui va suivre ; La vidéo nous montre Lounis Et Djafar interpretant « Blowin’ In The Wind » dans un style où ils se retrouvent comme de véritables poissons dans l’eau.

_/|___________

Hughes Auffray et Lounis Ait-Menguellet : « Blowin’ In The Wind »

Blowin’ In The Wind

How many roads must a man walk down
Before you call him a man ?
Yes, ’n’ how many seas must a white dove sail
Before she sleeps in the sand ?
Yes, ’n’ how many times must the cannon balls fly
Before they’re forever banned ?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.

How many years can a mountain exist
Before it’s washed to the sea ?
Yes, ’n’ how many years can some people exist
Before they’re allowed to be free ?
Yes, ’n’ how many times can a man turn his head,
Pretending he just doesn’t see ?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.

How many times must a man look up
Before he can see the sky ?
Yes, ’n’ how many ears must one man have
Before he can hear people cry ?
Yes, ’n’ how many deaths will it take till he knows
That too many people have died ?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.

Bob Dylan’s Lyrics | Copyright ©1962 ; renewed 1990 Special Rider Music

3 Messages de forum

  • Tasedda

    L’énigme de la feuille de fève ? Élémentaire, mon cher Watson !

    Il faut savoir qu’un des livres de chevet de Lounis Aït Menguellet n’est autre que "Yenna-yas CCix Muḥend", de Mouloud Mammeri. Cheikh Mohand Oulhocine est une source d’inspiration intarissable pour Lounis. Et cette fameuse histoire de la feuille de fève, c’est le Cheikh qui en est l’auteur.

    Un jour, une femme est allée voir le Cheikh pour se plaindre que des femmes la raillaient sans cesse du fait qu’elle n’avait qu’un seul fils. Ces femmes, chaque fois qu’elles la voyaient, lui disaient :

    "Ô feuille de fève
    Qui pousse vers le haut
    Comment veux-tu trouver le sommeil
    Toi qui en a un seul"
    Le Cheikh demanda à la femme : "C’est tout ce qui te tracasse ?"

    Alors il lui dit : "Je vais te montrer ce que tu répondras à ces femmes la prochaine fois. Dis-leur :

    Ô feuille de fève
    Qui pousse vers le haut
    Dix l’ont anéanti
    Un seul l’a fait revivre"

    ( Ay ifer ibawen yegman d asawen, xellun-tt εecra, iεemer-itt yiwen )

    Et c’est ainsi que ces sages paroles du vénérable Cheikh sont demeurées en proverbe.

    (Enregistrez l’image sur votre ordinateur pour l’agrandir. )

    Voir en ligne : Yenna-yas Ccix Muḥend

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  • Rachid CHABANE

    En effet , Thasseda , comme mister Watson, on avait cherché la réponse dans le firmament et les galaxies alors qu’elle était tout simplement dans la tente. Dans sa chanson, Lounis parlait de ce vent venu de l’est et qui dévastait les maisons de leurs toitures, ce vent on l’avait identifié à tors ou à raison, comme étant les Benou Hillal. Puis d’un coup,il nous prend à-contre-pied avec cette énigme de la feuille de fève que 10 ont ruinée et qu’un seul a fait revivre. Chacun de nous avait donné sa version et toutes ridicules les unes aussi bien que les autres, comme tu viens de nous le prouver. Je me souviens, quelqu’un avait assimilé cette feuille de fève à Abane Ramdane. Comme l’ignorance individuelle ne fait pas la sagesse collective, on vient de se rendre compte grâce à ton intervention à quel point on était passé à coté. La réponse était dans ce livre de Si Moh comme il n’y en avait pas 36, et on ne l’a pas lu, ce livre .Non par faute d’avoir essayé de se le procurer. Sa disponibilité dans nos librairies était inversement proportionnelle à celle des travaux de notre savant Ben Ba Dix , le prédécesseur de Ben Ba Onze (Mouloud Kacem Nait Belkacem). Cependant, je ne pense pas que ce recueil de poèmes était la principale source d’inspiration de Lounis .Ce recueil de poèmes a été publié en 1969 et Lounis avait prouvé son talent et son inspiration une ou 2 années avant. Ceux qui l’ont suivi de prés disent de lui, aussi, avoir été influencé par Baudelaire, Brassens, Bob Dylan et Joan Baez. C’est, aussi, cette force d’inspiration qui lui a permis d’élever ce qu’il puise profondément dans notre terroir, au rang de l’universalité. Merci Thasseda pour avoir éclairé nos lanternes. Tu es désormais pour moi et mes amis notre Edison de la feuille de fève

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  • Tasedda

    En fait, comme j’ai eu l’immense privilège de connaître un peu Lounis, je n’ai pas vraiment de mérite à avoir résolu cette énigme.

    Notre barde de la chanson à textes kabyle est un bibliophage insatiable. Il lit comme il respire. Et avant même de lire l’ouvrage de Mammeri, Lounis connaissait (entre autres évidemment) les paroles de Cheikh Mohand Oulhocine, à travers d’autres sources.

    Je ne sais pas si Lounis lira ces lignes, mais je lui serai éternellement reconnaissante d’avoir fait un jour le bonheur de deux petites filles auxquelles il avait généreusement offert une poupée et sa magnifique maison ainsi qu’une paire de rollers. Je n’ai jamais oublié ce geste et je demeure une de ses admiratrices inconditionnelles.

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