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Dessalement de l’eau : désastre annoncé

Le dossier des stations de dessalement d’eau de mer conçu par le gigantisme et dans l’opacité annonce de graves dommages environnementaux, énergétiques et financiers pour le pays. Nous publions un dossier édifiant élaboré par le secrétaire national chargé de l’environnement et présenté devant l’instance exécutive du RCD le 03 juin 2009.

Il est grand temps d’alerter l’opinion publique sur cette autre catastrophe qui risque d’hypothéquer durablement le développement national.

Treize projets de dessalement d’eau de mer, d’une capacité globale de 2,260 millions de mètres cubes seront opérationnels dès 2010. Un ambitieux programme lancé par le gouvernement depuis trois ans et qui vise à pallier le manque de ressources conventionnelles en eau potable et à répondre aux besoins domestiques de plus de 20 millions d’Algériens.

A titre de comparaison, la Chine a récemment annoncé que ces installations de dessalement traiteraient 1 million de m3 d’eau de mer par jour d’ici 2010.

La technologie des membranes d’osmose inverse, utilisée dans l’usine d’El-Hamma, est actuellement installée dans plus de 1’500 usines de dessalement à travers le monde pour une production de 7,5 millions de mètres cubes d’eau douce par jour.

L’eau dessalée dont le prix de revient variera entre 45 et 55 DA le mètre cube sera distribuée par l’ADE (Algérienne des Eaux) à des prix étudiés qui devraient rester au même niveau que l’eau conventionnelle. Comme pour tous les projets de dessalement d’eau de mer, c’est le groupe Sonatrach qui achètera l’eau dessalée avant de la céder à l’ADE qui la vendra à son tour au consommateur.

Le WWF (Fond Mondial pour la Nature) craint que le dessalement d’eau de mer soit une solution de facilité et détourne l’attention des solutions de rechange moins coûteuses et moins agressives pour l’environnement comme l’augmentation de l’efficacité de l’utilisation de l’eau ou le recyclage des eaux usées.

Le WWF estime par ailleurs que la mise en place de procédés performants d’évaluation des besoins en eau et des options d’approvisionnement entraîneraient de meilleurs résultats économiques et environnementaux. Là où le dessalement d’eau de mer est établi comme pouvant répondre à un besoin réel en eau tout en étant rentable, les usines de dessalement doivent être construites et optimisées pour atténuer leurs incidences sur l’environnement, explique le WWF.

Le WWF estime donc que la technique de dessalement d’eau de mer doit être envisagée au cas par cas en fonction de la situation locale et en cohérence avec la gestion de l’offre et de la demande en eau. Les usines de dessalement doivent être construites seulement lorsqu’elles se sont avérées être la solution la plus efficace et la moins préjudiciable pour compléter l’approvisionnement en eau, à la suite d’un processus d’évaluation approfondi et transparent de toutes les solutions de rechange et leurs impacts environnementaux, économiques et sociaux. Le WWF invite donc les gouvernements, les agences de financement et l’industrie de l’eau à travailler pour approuver et pour aider à développer de ces protocoles spécifiques.

Mais, cette solution, selon WWF, représente une menace potentielle pour l’environnement et ne fera qu’aggraver les changements climatiques.

Les appréhensions des scientifiques

De l’avis de cette organisation, dessaler l’eau de mer est un procédé qui coûte cher, consomme beaucoup d’énergie et rejette dans l’atmosphère des tonnes de gaz à effet de serre. « Le recours à ces nouvelles technologies, par ailleurs de plus en plus accessibles, ne va pas sans conséquences pour l’environnement », avertit dans son rapport WWF. Cette organisation estime que les activités intensives de dessalement peuvent provoquer le développement de saumures et entraîner la destruction de précieuses régions côtières, et ainsi contaminer la vie marine, les cours d’eau, les zones humides, les eaux souterraines et plus généralement les écosystèmes qui assurent l’épuration de l’eau et la protègent contre les catastrophes. Le Pr Abdelouahab Chouikhi, spécialiste en pollution et en écotoxicologie marine(Turquie) tire lui aussi la sonnette d’alarme quant aux conséquences qu’engendrera la mise en service de l’unité de dessalement d’eau de mer d’El Hamma. En scientifique averti, M. Chouikhi dit avoir déjà attiré l’attention des pouvoirs publics sur le mauvais choix du site de l’usine de dessalement d’El Hamma, et ce, avant le démarrage de sa construction. Il appréhende pour ce qui est de cette station deux problèmes importants durant le fonctionnement de cette usine : d’une part le prix de revient du m3 d’eau dessalée qui sera élevé en raison de l’usage plus important de réactifs chimiques d’autre part l’usine subira des arrêts plus fréquents dus à la mauvaise qualité de l’eau de mer captée. L’autre crainte de cet expert en environnement est que les effluents liquides des unités de dessalement rejetés sans traitement en mer engendreront des dangers potentiels cachés par leurs effets virulents sur les écosystèmes. Il s’agit notamment, selon lui, des effets d’empiétement et de l’entraînement des organismes marins dans des systèmes de refroidissement des condenseurs et de l’impact des saumures, de la caléfaction des produits chimiques résiduels et leurs produits de conversion (acides, métaux lourds, les biocides, détartrants, anticorrosion ?). M. Chouikhi avertit, qu’atténuer les effets virulents des unités de dessalement sur les écosystèmes marins nécessite de faire le choix des sites judicieux, tout en combinant les critères techniques et économiques, les incidences sur l’environnement, les coûts et les facteurs politico socio-humains. Un travail qui exige, explique-t-il, « la mise en place d’une équipe multidisciplinaire non seulement pour ouvrir l’étude de ses différents éléments, mais également aborder les interdépendances qui puissent exister entre eux ».

Quelles Alternatives pour palier au manque d’eau ?

Le recyclage des eaux usées, deux fois moins cher que le dessalement de l’eau de mer. D’ici à 2015, les capacités mondiales de recyclage des eaux devraient plus que doubler pour passer à 20 km3 par an, contre 7,1 aujourd’hui. De nombreuses recherches sont en cours dans ce domaine, notamment pour rendre l’eau issue des stations d’épuration potable et utilisable à des fins alimentaires ? On ne parle plus de « station de dépollution des eaux » mais de « plateforme de raffinage ».

- La détection des fuites dans les réseaux. Là encore, les sociétés de gestion innovent via des systèmes de détection plus rapides et plus performants, comme une surveillance à distance par détection acoustique (on repère les bruits générés par la fuite) ou le recours à un gaz traceur (on injecte un gaz inerte dans l’eau sous pression, détecté à la surface du sol lorsqu’il s’échappe à l’endroit de la fuite). Selon le rapport, en cinq ans, les techniques de détection des fuites de la Lyonnaise des eaux ont permis d’économiser en France l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville de 500 000 habitants.

Une remise à niveau des canalisations sera nécessaire car à Alger par exemple les déperditions d’eau avoisinent le taux impressionnant de 40% ;

- La récupération des eaux de pluie : encore peu développée sauf dans les pays secs, cette méthode est pourtant intéressante économiquement en raison de la gratuité de l’eau récupérée et du faible coût de l’investissement nécessaire. En Algérie plus de 7 milliards de m3 par an sont perdus.

- Le dessalement : c’est une solution pour augmenter la ressource en eau douce dans certaines régions côtières victimes de la sécheresse.. Reste plusieurs inconvénients : des conséquences environnementales négatives (rejets de saumure, effluents chimiques ?), des besoins énergétiques importants (et donc un impact climatique, les usines étant essentiellement alimentées par des énergies fossiles) et un prix de vente élevé de l’eau ainsi produite.

Les projets du secteur de l’eau retenus en Algérie sont des investissements estimés à douze milliards de dollars pour 2005-2010. Aujourd’hui, ce sont 28,7 millions de m3 qui sont produits chaque jour dans le monde, ce qui fournit 1,4% de l’eau totale produite. Les Françaises Veolia et Suez se taillent la part du lion avec respectivement 4 millions et 1,5 million de m3 par jour, soit plus d’un cinquième de la production mondiale. L’américain General Electric produit lui, chaque jour, 3 millions de m3. Deux technologies coexistent : les membranes ou osmose inverse - l’eau de mer sous pression est filtrée, ce qui permet de retenir le sel - et la thermique - l’eau de mer est évaporée puis condensée.

COMMENTAIRES et PROPOSITIONS

1/Le choix du gouvernement et le pilotage de ce projet n’est pas fortuit, le ministre de l’Energie et non pas celui des ressources en eau qui est à l’origine de cette politique tout azimut pour le dessalement de l’eau de mer et qui engage des sommes colossales plus de 4 milliards de dollars financés à 70% par les banques algériennes laissent perplexes plusieurs observateurs.

2/ L’importance et l’accélération des projets, sans qu’il y ai le recul nécessaire sur les premiers projets, dénotent l’imprudence des décideurs. A titre d’exemple l’Algérie se fixe comme objectif la production de 2,260 millions de m3 en 2010 alors qu’un géant comme la Chine a tablé sur 1 million de m3 pour 2010 et la production mondiale est à 28,7 millions de m3.

3/Nous nous interrogeons sur le choix du gigantisme, de grandes stations de 100 000, 200 000 et même une de 500 000 m3 qui sera la plus grande au monde ayant été inscrites au programme gouvernemental.

Hyper énergivore et difficile à entretenir alors que des pays comme l’Espagne, qui recèle des entreprises performantes tel qu’ACCIONA AGUA qui va réaliser celle d’Oran, a opté pour des petites stations telle que celle de Tordera au nord de Barcelone d’une capacité de 28 800 m3 et qui alimente en eau potable une population de 150 000 habitants ou celles(2) d’Alicante qui totalisent 130 000 m3 alimentant une population de 400 000 habitants.

La Tunisie et le Maroc optent pour des stations de 5000 à 50 000 m3 fonctionnant à l’énergie solaire pour les petites et au nucléaire pour les plus importantes.

4/ Le choix des terrains est déroutant, la quasi-totalité des stations sont implantées sur le rivage et dans des zones d’extension touristique à l’image de Mainis (Ténès wilaya de Chlef) et celle de Tlemcen (plage Tafsout) malgré les réserves des services de l’environnement.

A titre d’exemple, en Tunisie, la plus grande station du pays d’une capacité de 50 000 m3 se trouve à Djerba, à 2 Km du rivage et alimente en eau potable une population de 135 000 habitants avec des pics de 500 000 consommateurs durant la haute saison.

Il ressort de ce dossier que le choix du gouvernement est inadéquat et va à l’encontre des orientations de spécialistes.

Ne maitrisant pas la technologie, nous accentuerons notre dépendance alors que des petites stations disséminées à travers la côte algérienne et répondant aux normes environnementales et alimentées à l’énergie solaire auraient contribué à la création de milliers d’emploi, à la préservation du littoral, à la réduction du coût de l’investissement et au final diminuer de moitié le prix de revient de l’eau.

Remarque : A titre indicatif la station de dessalement de l’eau de mer de Djerba qui produira 50 000 m3 par jour a couté 40 millions de dollars quant la station de Ténès 200 000 m3 par jour coutera 280 millions de dollars ?.faites les comptes.

Ahmed BENNEGUEOUCH
Secrétaire National Chargé de l’Environnement, RCD.
rcd-algerie.org

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